jeudi 20 juillet 2017

Pièces de Francis Ponge ( la barque après l'eau )


La barque tire sur sa longe, hoche le corps d'un pied sur l'autre, inquiète et têtue comme un jeune cheval. Ce n'est pourtant qu'un assez grossier réceptacle, une cuiller de bois sans manche : mais, creusée et cintrée pour permettre une direction du pilote, elle semble avoir son idée, comme une main faisant le couci-couça. Montée, elle adopte une attitude passive, file doux, est facile à mener. Si elle se cabre, c'est pour les besoins de la cause. Lâchée seule, elle suit le courant et va, comme tout au monde, à sa perte tel un fétu. 
                                      — Francis Ponge, La barque
                                  [Pièces, Éditions Gallimard, 1961]



mercredi 5 juillet 2017

Position du sol : si elle



Si elle s'étend , elle n'entend plus le bruit sur le sol ‒ avec lui ‒ les habitudes sont derrière les nuages. Trop courtes sensations laissées sur le flanc tendre, il faut mieux vivre. Si de ma main reprend la nuit du rêve et insuffle l'histoire que lui seul sait effiler.


samedi 3 juin 2017

Mother of Earth



                                    " I gave you the key to the highway " 
                                         The Gun Club, Mother of Earth
                                                 [Album : Miami, 1982]


mardi 23 mai 2017

L'animal du coeur dévisage


Comment font les objets pour rester dans la rue et ne pas sauter aux yeux, quand on passe, alors que quelqu'un les a perdus.
                  — Herta Müller, Animal du coeur


samedi 13 mai 2017

Porcelaine de la serre



C'est le sujet de tous les sujets, invariable et saillant, quand une attraction ouvertement satin transforme la coquille en sarment. C'est une chose claire derrière nos verres madrés. Souple griffure, souple soupir et les ébauches filées sine die.



mercredi 10 mai 2017

Distance

Deux êtres.
Mille kilomètres.
Une seule porte-fenêtre.
 

Indociles




Encore une fois, je ne suis plus la même. J'écris pour le signe à vif en traversée des parterres de coquelicots et pour l'étincelle des genêts dans l'artère radiale du transport. Les yeux déjà gorgés du manque d'après la percée des larmes, je le pense. Les espaces entre nous sont sur les rails tandis que nos sentiments prennent des sillons indociles.


dimanche 7 mai 2017

Sorry




mardi 2 mai 2017

Iris au porte-mine


En feuille échancrée comme la courbe
formant le coeur dans le corps
à couvert endormie jusqu'au beau jour
sifflant le train sur la voie souterraine
la tête tendre-humide à l'affût
pointe aspirée du songe
la racine interminable
à l'esquisse semblable
des yeux mordus


dimanche 30 avril 2017

mercredi 26 avril 2017

Fleur de vertu



                Et les pensées sauvages restent toujours bien-aimées
                  même quand la fleur de soufre les renverse



lundi 17 avril 2017

La philosophie de Gombrowicz : une vie concrète en cours

C'est la première fois que la philosophie touche à la vie.

Qu'est-ce que la volonté de vivre chez Schopenhauer ?
Lui-même dit qu'il emploie ces mots parce que rien de meilleur ne lui vient à l'esprit. À vrai dire, c'est plutôt la volonté d'être parce que pour Schopenhauer, non seulement l'homme et les animaux veulent vivre, mais aussi la pierre qui résiste, la lumière qui persiste.
(...)
Cette volonté de vivre, pour se manifester comme phénomène, doit revêtir [phrase incomplète].
Elle doit être dans l'espace et le temps, dans l'ordre numérique des choses. Elle est une seule, parce que le monde numérique ne connaît ni objet, ni rien de cela.
 
          __ Witold Gombrowicz, Cours de philosophie en six heures un quart 
                                     [ Rivages poche Petite Bibliothèque ]



La force entre deux charges est toujours tangente aux lignes





samedi 15 avril 2017

L'air en friche


Je ne sais pas qui de lui ou de moi a désiré le plus, désire encore, plus semer ou plus enfouir. Plusieurs incisions imparfaites sont au-dedans nos corps, ouvertes. Nous y avons greffé par approche nos doutes et nos images, notre amour, lui différemment de moi. Des épines laissées en surface, des nervures littérales provoquant la lettre, des alvéoles charnues et embrassées pour se donner le courage de l'absence. Le temps fait un bruit de feuille en suspension.