lundi 17 avril 2017

La philosophie de Gombrowicz : une vie concrète en cours

C'est la première fois que la philosophie touche à la vie.

Qu'est-ce que la volonté de vivre chez Schopenhauer ?
Lui-même dit qu'il emploie ces mots parce que rien de meilleur ne lui vient à l'esprit. À vrai dire, c'est plutôt la volonté d'être parce que pour Schopenhauer, non seulement l'homme et les animaux veulent vivre, mais aussi la pierre qui résiste, la lumière qui persiste.
(...)
Cette volonté de vivre, pour se manifester comme phénomène, doit revêtir [phrase incomplète].
Elle doit être dans l'espace et le temps, dans l'ordre numérique des choses. Elle est une seule, parce que le monde numérique ne connaît ni objet, ni rien de cela.
 
          __ Witold Gombrowicz, Cours de philosophie en six heures un quart 
                                     [ Rivages poche Petite Bibliothèque ]



La force entre deux charges est toujours tangente aux lignes





samedi 15 avril 2017

L'air en friche


Je ne sais pas qui de lui ou de moi a désiré le plus, désire encore, plus semer ou plus enfouir. Plusieurs incisions imparfaites sont au-dedans nos corps, ouvertes. Nous y avons greffé par approche nos doutes et nos images, notre amour, lui différemment de moi. Des épines laissées en surface, des nervures littérales provoquant la lettre, des alvéoles charnues et embrassées pour se donner le courage de l'absence. Le temps fait un bruit de feuille en suspension. 

samedi 8 avril 2017

Par-delà le bien et le mal. 155 ( mélange chez les aimants )


Mélange chez les aimants

Le sens du tragique augmente et diminue avec la sensualité.
                   _ Nietzsche, Par-delà le bien et le mal
                         [ Maximes et intermèdes : 155 ]


samedi 1 avril 2017

Le brouillard et la méandre


Un brouillard relève le bras abandonné d'une méandre. Elle, elle oublie dans la souplesse du demi-sommeil qu'une reprise sur le voile tombé désarticule leurs points de rosée. Elle s'endort souvent sur des gouttelettes décousues que seul le brouillard sait distiller. C'est presque un rituel de leurs jeux d'eau. Ils sont séparés par des principes à soupirs lourds, par le mont à fruits durs et pris dans l'insoluble. Peut-on imager une solide intensité goutte à goutte ? 


jeudi 23 mars 2017

Émanation


Le temps est une solution. La correspondance est une poétique. Souffle l'intuition de saisir ce qui se passe dans l'insaisissable. Ce sont mes premiers mots entendus avant de te connaitre. Le temps ne se répète jamais. Le temps manque toujours. C'est le trait de commencement avec ce qui advient devant soi. Faire le commencement avec l'irréversible. Il est ce temps de tes levées fébriles quand il est l'instant du réveil. Nous dérouler souvent dans les passages à l'envers de nos paroles. Espace immense. Souffle-moi.

vendredi 17 mars 2017

Vendredi



Le glyphe


Il faut peu de mots pour nous écrire l'instant. Un seul glyphe. Une respiration. Une courbe concise. Quelque chose d'indéfiniment physique comme le bord suave du drap glissant sur l'entre-deux-corps.


samedi 11 mars 2017

Avant-notes sur l'asphalte




Lui: Parle-moi. Quels sont les présages ?

Elle : Nous sommes au point sensible des traces confluentes.
Les larmes chaudes reviennent toujours à la source.


lundi 27 février 2017

Synesthésie


     Trois bouches - Y. Deligne 2017


Je dérange le sens unique des replis
ce en quoi je suis vue et où tu regardes
quand les articulations transparaissent
le long de la lisière du monde en noce
un brillant vernis des bouches aisées. 
Et je déchiffre les ondes nerveuses sur ta poitrine
le nom des feux où tu captes la première teinte
d'une sève arborescente pour un seul périple
jaspe féru à la jointure n'est pas sommet
un greffon grimpant sur ta bouche. 
Si tu édifies en tour d'adresse émotif
l'ultime présent conjugué au dit-non-lieu
parce que ce temps néant ne sera pas durée
même si des questions natives s'implantent
je serais ta bouche en écharde pleine.



vendredi 24 février 2017

Vaste voie parallèle ( Todorov, Pasternak, Tsvetaeva, toujours la conquête )




À la fin du printemps 1930, Pasternak a l'impression d'être arrivé dans une véritable impasse. Il s'en confie encore à sa cousine : " Le sentiment de la fin vient de plus en plus souvent me hanter, et il émane de ce qu'il y a de plus décisif dans mon cas, de mes observations sur mon travail. [...] Je suis impuissant à la remettre en marche : je n'ai pas participé à la création du présent et je n'ai pas d'amour véritable pour lui. [...] Je n'ai pas de perspectives, je ne sais ce qui adviendra de moi. " Pour pouvoir écrire, le poète doit être en harmonie avec son temps, or Pasternak a beau se forcer, il ne s'y reconnaît pas. Que faire ? [...]
                       _ Tzvetan Todorov, Le triomphe de l'artiste
                                                         [ Choisir sa voie ]


                                                                       ◊
                   

Dans les cris et babils d'un cercle de voyants :
Colombes des rencontres et aigles des séparations. 
Prends de ma main :
Branche ou glaive !
Gazouillis des rencontres,
Fracas des séparations.
               _ Marina Tsvetaeva, Congères, 2 mars 1922
                   Poésie lyrique, poèmes de maturité ( 1921-1941 )
                                                                         
                   
                                                                      ◊

Vendredi inconnu mais commencé
qu'importe maintenant le silence de nos pairs
tu vois, les jours se nichent là où nous imaginons
là sur ton épaule où je sème le printemps
là où la conquête est devenue la flèche.



samedi 18 février 2017

En mouvement



Le jour s'était levé, la Terre continuait de tourner. Mais plus comme avant.


Kairos



Il n'y a pas de vérité de l'un à l'autre, qu'une façon singulière d'exprimer la complexité du lien amoureux. Pas d'objets futiles à la terrible conquête. Je me lève avec le véritable, sensiblement ce véritable. Le sens premier nous tue. Au deça-delà, la matière transfère des réflexions que tu tiens, que je noue, que tu délies, mais je m'entête. Une matière nouvelle est à recréer sans cesse. Les beaux-arts que tu me donnes dans le limbe d'une exclusivité, _ cette forme d'inconstance dans laquelle je résiste et où je me débats seule en une contorsion. Toute la beauté d'une rencontre revient à moi. Je m'étire. Ces beaux-arts du mélange de ton regard à mon exigence, de ton féminin sur mon masculin. Le sujet de notre lieu unique soulève mes membres, je m'étire encore plus profondément que l'antre du silence. Jeu de rime au présent, " pré-vers " la caresse de la renaissance.




Seul



Seul dans la pénombre froide de l'appartement, il savait désormais que la Terre avait cessé de tourner et que le soleil ne se lèverait plus jamais.