dimanche 30 octobre 2016

Ce qui reste



                                
                       Je vis le silence partout où je me fends d'émoi
                          mais je ne peux imaginer ne plus t'entendre.





jeudi 27 octobre 2016

October



Don't look back.



Désastre



Les promoteurs se sont déchaînés. Le champ hypothéqué a été vendu aux enchères. Le chantier s'est installé. Très vite, les machines ont tout ravagé. Le vieux bouleau est aussitôt tombé sous les crocs acérés de la tronçonneuse. L'araignée aliénée, déguisée, épuisée, la tête ailleurs, n'a pu en réchapper. Coulée dans le béton, emmurée à jamais, sa fine toile d'acier bleuté ne vibrera plus au vent. Les regardeurs dépolis, acheteurs stupides, hagards et ahuris éteindront la lumière puis s'en iront se faire encadrer ailleurs. Là où ils voudront. Désormais, le champ est pour toujours dévasté.


mardi 25 octobre 2016

Grave iridescence


                              
                                    Au travers des blouses froides,
                            les crans frissons dispersés le long de ton âme.
                        Grave dedans __ encore plus près de l'heure double.


                                                    

samedi 22 octobre 2016

Encore

Sur son passage, le vent violent arrache cinq cartes sans atout de la main du joueur de poker fatigué, avachi sur son siège face au tapis vert. Soulevées dans les airs, poussées par le vent, les cinq lames effilées, sans as, mettent en lambeaux le bel et délicat ouvrage qu'elle avait suspendu aux basses branches d'un vieux bouleau. Le vent tombe. Plus loin, hors du territoire, les cartes s'abattent, mortes. La large toile vulnérable aux longs fils d'argent bleutés, si patiemment tramée, est maintenant totalement anéantie. L'araignée brune aux doigts rouges recommence à tisser. Encore.

Le lambeau libre ( la partie la plus sensible )




vendredi 21 octobre 2016

Solde

— Que reste-t-il de nos amours ?
— 811,73 €. De quoi se refaire, ce soir, à une table de poker.

dimanche 16 octobre 2016

Sans. ( Si Malone est lui-même un doute , si toi tu es le héros. )



Reste en paix

La grosse durite détruite, la pompe à (merveilleuses) injections fêlée, le joint de culasse carbonisé, la vieille et solide charrue gît, maintenant embourbée dans un profond fossé, à la limite du champ.

— Viens ma belle bufflesse aux yeux tristes, laissons mourir la charrue, les labours sont désormais finis. C'est aujourd'hui la pleine lune. Allons donc voir non loin dans les prés d'à côté, si l'herbe bleue est plus verte qu'ici.


vendredi 14 octobre 2016

Garde-corps


                 
                                            L'objet ne dit pas la suite
                                       derrière le style en boucle infinie,
                                  rondeur évaporée et quart de lune à l'immuable.


mercredi 12 octobre 2016

Tout est rejoint



                           Autrement ce jour-fendu,
                            saillie cendrée __ reconstituée,
                            voussure de noms considérables.
                          Des mois recourbés au face à main,
                            les nouveaux-nés répètent tes gestes.


vendredi 7 octobre 2016

L'Homme sans qualités suspend la métaphore : volonté à cru


 " Qu'elle m'ait posé ces questions, ce n'était qu'une petite provocation de la vie, et cela voulait dire :
Toi et moi, néanmoins, nous vivons encore en dehors de l'état ! On pourrait s'écrier aussi bien : S'il te plaît, passe-moi l'eau ! ou Attends ! n'éteins pas encore ! C'est une demande d'un instant, quelque chose de hâtif, d'incontrôlé, rien de plus. Je dis : rien de plus, et je sais que ce n'est rien de moins que si une déesse courait derrière un autobus dans l'espoir d'y être encore admise ! Une démarche dépouillée de tout mysticisme, une débâcle du délire ! De petits incidents de ce genre montrent clairement que notre état présuppose une position déterminée du coeur et chavire à la moindre rupture d'équilibre.

       ___ Robert Musil . L'Homme sans qualités
      [ Une note. Projet pour une utopie de la vie motivée.]



                Pas plus d'objectivité touchante
                que de subjectivité brillante
                dans la faille des nuances.
                
                         

jeudi 6 octobre 2016

Fin de chantier

Eau dans le gaz à tous les étages.

mercredi 5 octobre 2016

Dédoublée

Deux ailes, sans parallèle. Ligne gauche et blanche. Bleu du ciel.

Paul Valéry me parle encore de peau ( dialogue intérieur )



 

J'ouvre des images,
l'aube insolente prend mon rêve.
La sensation gardée est celle d'une forme noire animale en posture d'immortelle.
Elle parle aux nues glorieuses à la rencontre des veines,
ces choses longues au tourment d'amas, cher amour au grain.
Mais encore ces images hybrides que seul un tricot de mèches délayées couvre de sens,
 entrer au-dedans, est-ce l'âme dévêtue ?
__ c'est profond, un dessein.
   Pas un bruit pour l'étrangeté, 
   je tends cette forme à l'abri.

mardi 4 octobre 2016

Bye bye happiness...



...hello loneliness.....

Antéfixe




       Juste un mot schéma, une chambre ouverte qu'est le doute
        la tête face au miroir regardée par un photophore ultime
         ce tel plan en deçà du cadre et écrire le verbe endormi.

dimanche 2 octobre 2016

Rapetissage

« Désœuvré », c'est ainsi qu'il se vit en ce deuxième dimanche d'automne, une fois la boîte à mails consultée, quand le capot de son P.C. [Personal Computer] fut rabattu. Sa cervelle bien faite en roue libre, il avala l'ultime gorgée du délicieux café torréfié dans le Nord, ambroisie extraite d'un des sachets de poudre noire qu'elle avait apportés dans ses bagages lors de son dernier voyage.

Désœuvré, sans grande inspiration, il se leva alors pour empiler quelques bouquins, mêlant ainsi romans mineurs aux essais majeurs : Kafka, Butor, Auster, Schopenhauer, Conrad et Bernhard. Ces cinq ouvrages en main, il retourna se rallonger sur le lit avec l'intention d'en feuilleter distraitement les pages.


Le soleil maintenant au zénith, porté par un ciel bleu lavande nuageux, il jette un regard par delà la fenêtre, s'assoit de nouveau à son bureau et rallume le P.C.. Pour ne plus rester désœuvré, il a l'intention de donner quelques gifles, en commençant par citer un extrait de Trilogie new-
yorkaise
de Paul Auster, dont il vient de relire attentivement quelques passages :
« S'intéresser aux mots, s'inventer dans ce qui est écrit, croire au pouvoir des livres — voilà qui submerge tout le reste, et en comparaison notre propre vie se rapetisse considérablement. »
D'autres gifles viendront plus tard, car, entre-temps, elle lui a écrit. Leur exubérante conversation épistolaire reprend donc, à l'instant. Désormais, il ne se sent plus du tout désœuvré, mais son existence a encore rapetissé.

Possible impossible par Ingeborg Bachmann. ( La tension du fil sans cesse effort )





(...) Cependant, tout cas d'amour, même le plus quotidien, est un cas limite, que nous devrions, en y regardant de plus près, pouvoir percevoir ou nous efforcer de percevoir. Car dans tout ce que nous faisons, pensons et ressentons, nous aimerions aller parfois jusqu'à l'extrême. En nous s'éveille le désir de transgresser les frontières qui nous sont imposées. Non pour me rétracter, mais pour clarifier mon point de vue, j'ajouterai : cela ne fait pas de doute pour moi que nous devons rester dans l'ordre social, que l'on ne peut sortir de la société, qu'il faut nous confronter les uns aux autres. Mais de l'intérieur des frontières, notre regard tend vers la perfection, l'impossible, l'inaccessible, que cela concerne l'amour, la liberté ou tout autre valeur pure. C'est dans la confrontation du possible et de l'impossible que nous élargissons le champ de nos possibilités. Que nous engendrions cette tension, au contact de laquelle nous grandissons, c'est cela l'important pour moi ; que nous orientions vers un but qui, certes, s'éloigne à chaque fois que nous nous en approchons.

____ Ingeborg Bachmann. 1959
( Extrait du discours prononcé lors de la remise du prix de la meilleure pièce radiophonique, prix décerné par les aveugles de guerre. )                 Traduction de Françoise Rétif.


samedi 1 octobre 2016

Essai d'entrechat




    Les yeux passent les murs,
    les yeux de la nuit ont cette différence.
    Un rythme inébranlable comme le mouvement d'une lame d'opale
    __ noble variation sur les longueurs plissées du détour.
         La ferveur perspicace se fait entendre, vue littérale.



Sans efforts

Accéder au confort ? Rien de plus facile : se vautrer dans la conformité avant que les portes du jardin de La Consommation ne soient à jamais fermées.


Le bonheur de n'être jamais assez heureux

Passa(t) la vida

C'est dans la fuite d'une durite que s'écoule la poésie.
A la surface miroitante de la flaque verte émeraude faite du liquide de refroidissement répandu sur l'asphalte, se lit ce qu'il écrit.