samedi 28 janvier 2017

Haut le vent de la Colombière



Lui : Du jeudi se lève le vent — chaud, caressant, dans un premier temps. Ensuite, le vent bascule en direction inverse. Siffle, alors, un courant d'air glacial.

Elle : Dualité permanente recouverte de fièvre, tous les vendredis insolents se ressemblent.

Lui : Samedi, tout est fini.

mercredi 25 janvier 2017

Toi l’homme doué du sens de l’orientation

Narrateur dans ta cabane en plein champ envahie par les herbes, toi l’homme doué du sens de l’orientation, tu peux tranquillement te taire, garder peut-être le silence dans les siècles des siècles, écoutant l’extérieur, descendant à l’intérieur de toi-même, mais ensuite, roi, enfant, rassemble tes forces, redresse-toi, appuie-toi sur tes coudes, souris à la ronde, reprends une profonde respiration, et fais à nouveau entendre celui qui apaise tous les conflits, ton: “Et…”
Peter Handke, Le recommencement

L'origine ( sans lever les yeux )




dimanche 22 janvier 2017

Sprich auch du _ Paul Celan ( Toi aussi parle, Toi des airs )




Sprich auch du,
sprich als letzer,
sag deinem Spruch.

Sprich -
Doch scheide das Nein nicht vom Ja.
Gib deinem Spruch auch den Sinn :
gib ihm den Schatten.

Gib ihm Schatten genug,
gib ihm so viel,
als du um dich verteilt weißt zwischen
Mittnacht und Mittag und Mittnacht.

Blicke umher :
sieh, wie's lebendig wird rings -
Beim Tode ! Lebendig !
Wahr spricht, wer Schatten spricht.

Nun abder schrumpft der Ort, wo du stehst :
Wohin jetzt, Schattenentblößter, wohin ?
Steige, Taste empor.
Dünner wirst du, unkenntlicher, feiner !
Feiner : ein Faden,
an dem er herabwill, der Stern :
um unter zu schwimmen sieht : in der Dünung
wandernder Worte.

          *

Toi ausi, parle;
parle en dernier,
dis ta parole.

Parle -
Mais sans séparer le non du oui.
Donne aussi le sens à ta parole :
donne-lui l'ombre.

Donne-lui assez d'ombre,
donne-lui autant d'ombre
que tu en sais partagée autout de toi entre
minuit et midi et minuit.

Regarde tout autour :
Vois comme ce qui t'entoure devient vivant -
Au nom de la mort ! Vivant !
Qui parle d'ombre parle vrai.

Mais voici que rétrécit le lieu où tu te tiens :
Où aller, maintenant, dénué d'ombre, où aller ?
Monte. À tâtons, monte.
Te voilà plus ténu, plus méconnaissable, plus fin !
Plus fin : un fil,
où l'étoile veut glisser et descendre :
pour nager, en bas, tout en bas;
où elle se voit scintiller : dans la houle
des mots qui cheminent.


    __ Paul Celan, Sprich auch du, in Schwelle zu Schwelle
    ( De seuil en seuil )
    Traduction de Valérie Briet
    Éd. Christian Bourgois, 1991.


         
              L'ondulation nuancée
              s'en retourne de vers
              toi, l'avide parage.




samedi 21 janvier 2017

La course infinie

Le Soleil recommençait à se lever. La Terre continuait de tourner. Peut-être un peu moins ronde, cabossée par la nuit passée.

mercredi 18 janvier 2017

Souvenir



Rejetée sur la grève amère par la vague enfiévrée, tu reviens ce matin du large lointain où, par une nuit froide et noire, le vent du Nord t'avait délaissée. Sur tes pas.

lundi 16 janvier 2017

“A” pour...

Amour - Aimer - c'est imiter. On l'apprend. Les mots, les actes, les « sentiments » mêmes sont appris. - Rôle des livres et des poèmes. L'amour original doit être rarissime.
Paul Valéry, Mélange, 1939

samedi 14 janvier 2017

Vortex

Je suis entré dans un tourbillon, un maelström qui devra n’emmener au plus profond... Ensuite, je remonterai vers la surface. Je nagerai calmement jusqu'à la rive. Je marcherai lentement parmi les joncs et les roseaux. Plus loin, sur la terre ferme, à l'orée d'un bois, le vent léger séchera ma peau. Puis il m'emportera... ... .


Distinction



                                               
                              Neige fondue intermittente
                              je suis la tension dans tes bras
                              transversale fixement solide au départ
                              un garde corps bleu paon à ta rencontre.
                              Des extrémités dénudées grelottent
                              comme le refrain d'une chanson d'amour
                              électrique au balancement cédé du vif
                              émoi tenant serrée ton arborescence.


                                       
                                                     

dimanche 8 janvier 2017

Exercice à la lettre : inspirer





                          Exercice au fond des courants 
                          filet d'épithètes sorti de l'éponyme.
                              Emporter les images insolubles 
                              au souvenir épidermique.
                              Longueur étirement.
                              Exercice accru
                              goutte à goutte
                              tu manifestes
                              les souffles.


                                                                 

Tenir

Tenir encore le temps d'un après-midi d'hiver. Patienter. S'asseoir calmement sous la porte de la Stoa et patienter comme savaient le faire les géomètres. Quand la nuit sera tombée, elle me téléphonera.

samedi 7 janvier 2017

Dire

« Encore »


Samuel Beckett, Cap au pire, 1982


jeudi 5 janvier 2017

Sans fin



Tandis que le soleil rougeoyant déclinait lentement vers les sommets sombres et montagneux qui se dessinaient en face, de l'autre côté de la vallée, épuisée, enveloppée dans un long manteau de drap anthracite, elle s'était endormie, repliée en chien de fusil, sur la large banquette du vieux pick-up. L'étroite piste forestière, taillée à huit cents mètres d'altitude sur une pente abrupte et graniteuse, s'enfonçait dans l'ombre bleutée projetée par les chênes aux branches tordues, biscornues et les châtaigniers complètement défeuillés, nus en ce début d'hiver. Il alluma les codes, jeta un rapide coup d’œil sur le tableau de bord pour vérifier le niveau du gas-oil. Le réservoir était au trois quarts plein — 90 litres, environ. Il ralentit encore. La température extérieure ne devait plus être très loin du degré zéro, mais l'atmosphère de la cabine du pick-up restait douce et agréable. Il fit descendre de quelques centimètres la vitre de sa portière. Au contact de l'air frais et délicieusement parfumé, elle se recroquevilla sur elle-même légèrement, mais ne se réveilla pas. Il effleura de ses doigts froids la chevelure de la sombre et longue passagère. Il ne se souvenait plus depuis quand ils voyageaient ensemble. Il pensait que leur périple avait commencé au début de l'année. Une année qui finirait bientôt, dans trois ou quatre jours probablement. Il ne le savait pas précisément. Le temps ne lui semblait pas très important. Ils n'avaient jamais décidé d'une direction précise à prendre. Ils étaient alors partis du Nord. Ensemble, ils avançaient par les chemins de traverse, le plus souvent vers le Sud, mais jamais en ligne directe. Ils évitaient autant que possible le contact avec l'étrange population, sinon pour du ravitaillement indispensable : carburant, eau potable, alimentation vegan, thé, café, tabac blond — pour lui, car elle avait cessé de fumer quelques mois auparavant. Le soleil était maintenant passé sous l'horizon rouge orangé. Par-dessus les sommets arides des montagnes d'en face, désormais presque noires, s'élevait large, immense, glacial, le ciel bleu acier percé d'une seule étoile, blanche, très brillante, celle dite du Berger. La planète Vénus, en réalité, relativement proche de la Terre. « Vénus, drôle de déesse... », pensa-t-il. Un nom qui évoqua, à cet instant là, le souvenir d'un groupe de rock psychédélique qu'il n'avait plus jamais écouté depuis qu'il avait franchi le cap de l'adolescence. Elle, elle n'avait peut-être jamais entendu parler de ce groupe tombé dans l'oubli bien avant qu'elle ne vienne au monde. Il n'en savait rien, car il ne connaissait que très peu de choses concernant son passé. Elle en parlait peu, avec pas mal de réticences quand elle y était amenée, et restait souvent dans le vague. Elle ne se livrait pas facilement. Il passa le levier de vitesse au point mort et laissa filer le pick-up sur la piste, entre les arbres, à droite, surplombant les précipices et la haute paroi de granit frôlée, sur la gauche, par le rétroviseur extérieur. Quand le pick-up fut arrêté, il laissa fonctionner le moteur, sans couper les phares. L'antique diesel tournait parfaitement bien en un grave et harmonieux ronronnement. Elle souleva légèrement la tête et l'interrogea de son franc et lumineux regard kaki. « Ne bouge pas. Tout va bien. Tu peux te rendormir », murmura-t-il. Ce qu'elle fit immédiatement dans un demi-sourire. Il souleva le pare-soleil pour regarder le ciel par dessus la cime des grands arbres. La nuit était maintenant très proche. Il resta ainsi immobile, silencieux, un long moment, le regard suspendu à Vénus, les bras croisés reposant sur le large volant, comme envoûté par le rythme sourd, apaisant du diesel. Il se redressa, tourna la clef de contact et mis fin au bruit du moteur, sans retirer la clef. Dans son long manteau de drap épais, elle frissonna, étira brièvement ses lèvres, puis émit un gémissement à peine perceptible. Elle rêvait. Il ouvrit sa portière et se glissa à l'extérieur. Debout, il se pencha alors vers elle pour déposer un léger baiser sur sa tempe. Il referma très doucement la portière, s'éloigna de deux ou trois pas du pick-up. A la flamme d'un Zippo, il alluma une cigarette qu'il fuma le bas du dos calé contre la ridelle arrière du véhicule. Il était bien couvert, protégé de son blouson de cuir rapé passé sur un gros pull de laine noire, de son blue-jean délavé, de ses boots solides. Il n'avait pas froid. Sa cigarette grillée, il la jeta sur la piste grise, poussiéreuse. Du pied droit, il écrasa le mégot et se mit aussitôt en marche d'un pas ample et lent. Il remonterait vers le Nord d'abord et s'en irait peut-être vers l'Est, ensuite. Elle savait parfaitement bien conduire. Dans moins d'une heure, le froid de la nuit noire devrait la réveiller. Elle saurait certainement où aller. Lui, il ne pensait plus qu'à marcher. Marcher loin, toujours plus loin. Jours et nuits.
Sans jamais se retourner...



mardi 3 janvier 2017

Le frottement




                             Le temps du réfléchissement
                             Le temps ample des phrases frottées
                             La source des choses
                                comme il arrive comme elle part
                             L'écoulement indélébile.